
>>L'album photos en relation avec cet article Nadelhorn
Les inscriptions sont ouvertes. Comme tant d'entre nous, je navigue de pages en pages sur le tout beau tout neuf site du CAS Martigny. Déjà, je rêve en voyant les courses proposées, maiscelles représentées par un piolet occupent particulièrement mon attention. En effet, cette année, j'ai décidé de ré pondre à un besoin intérieur, celui de découvrir un peu plus profondément l'alpinisme, les crampons, le piolet, la corde et les cimes mythiques de nos Alpes. A l'heure actuelle, je n'ai qu'une course à mon actif, le Pigne de la Lé réalisée avec une guide de Zinal il y a deux ans.
Mon planning professionnel me laisse m'inscrire à quatre courses alpines pour la belle saison qui s'annonce. Soucieux de mes capacités physiques quant à l'une de ces courses, je prends conseil auprès d'amis du CAS. (merci Véronique et Eric)« C'est beau, pas particulièrement difficile ni technique, c'est juste long »
Si c'est juste long, un bon entraînement me permettra d'assumer la rude descente qui s'annonce. Je m'inscrit donc avec quand même un peu la boule au ventre.
La date fatidique approche, mais mon esprit n'est occupé que par mon déménagement. Toutefois, trotte toujours en arrière plan que je me suis inscrit à un 4000 et qu'en descendre représente un dénivelé négatif de 2500m. Moi qui aies les genoux un peu fâchés avec les descentes en montagne... Je sors donc régulièrement, VTT, petites randos locales, raquettes, et quand je ne suis pas de piquet et que le temps le permet, randos plus conséquentes. Les contraintes étant ce qu'elles sont, ces randos plus conséquentes se résument en un Fully-Sorniot. 1600m de dénivelé sur à peine 6 km. C'est une belle « mise en jambe » qui se solde par une semaine de courbatures aux cuisses. C'est bien, c'est juste ce qu'il fallait pour bien me mettre en confiance pour ce qui suit, surtout à une semaine de cette course.
Ce mois de mai, le météo fut quelques peu capricieuse, neige à 2000m en fin de mois, beaucoup de neige, jusqu'à 150cm dans certaines vallées à peine deux semaines avant la course. Le doute se confirme, mes capacités physiques ne sont plus le seul « détail » à prendre en considération.
Dimanche 30 mai, 
La cheffe de course s'exprime en un mail : Si pas d'autres nouvelles, la course est maintenue et positivons, il fera beau.
La cheffe de course déclare : Course maintenue, pour ceux qui veulent, prenez vos bâtons pour monter à la cabane, on va brasser de la neige. Angoissé que je suis, je ne suis déjà pas sûr d'assumer la course, mais en plus, je commence à douter sur mon habillement. Suis-je assez équipé ?
Vendredi 4 juin,
Cette course me travaille toujours autant, les conditions sont quand même particulières avec toute cette neige. Je cours acheter 2-3 fringues pour partir l'esprit tranquille.
Samedi 5 juin,
l'esprit est plus calme, l'invitation à positiver a porté ses fruits. Le temps est plutôt estival. Entouré d'habitués et de quelques connaissances, mes doutes me laissent enfin tranquille. Nous co-voiturons de Martigny à Saas-Fée. Près de 1H30 pour faire connaissance les uns les autres et déjà, les anecdotes d'anciennes courses se font nombreuses. J'en profite pour apprendre que des orages sont à prévoir pour l'après-midi du dimanche. Chouette, de quoi se rassurer et éviter aux doutes de refaire surface...
Cécile, notre cheffe de course nous attend sur place, avec quelques sac de victuailles à remettre à chacun. Oui, en ce tout début de saison, la cabane est fermée. Il faudra nous contenter de la cabane d'hiver ou nous serons nos propres cuistots.
Au point de rencontre, nous sommes 11. Cécile (cheffe de course), Isabelle (qui nous mènera, début juillet, au Grand Muveran), Patricia, Jean-Michel (futur chef de course pour mon 2nd 4000, il Gran Paradiso, début août), Pascal (qui s'avèrera un excellent 1er de cordée), Patrick, Fred, Steeve, Damien, François et moi-même.
Cécile nous montre notre but. Un sommet rocheux, perdu en pleine neige, là-bas, tout là-haut, tout au loin. Le Nadelhorn que nous convoitons culmine a un joli 4327m. Joli 4000 pour débuter quand même ! Nous découvrons par la même occasion la cabane de notre étape, elle aussi, au milieu de la neige, là-haut, tout au loin.
Enfin, c'est l'heure du départ et une première décision vitale se pose. On se prend un café avant de quitter la village ou on part directement ?
La réponse est unanime. Profitons du temps radieux pour s'offrir une terrasse avant l'effort. Servis en costumes villageois, nous faisons un peu plus connaissance avec notre cheffe de course et les passagers du second véhicule. 10H15, nous nous décidons à entamer notre périple. Et comme tous muscles se doivent d'être bien traités et bien échauffés avant de les mettre à rude épreuve, nous nous dirigeons vers les télécabines de Hannig. Nous nous épargnons ainsi 500m de dénivelé la première journée. Voilà une nouvelle qu'elle est réconfortante, douteux que j'étais, mais que je reste tout de même. Nous y croisons deux gars surchargés, skis de descente et souliers adhocs accrochés au sac. Mais que vont-ils faire dans la région, à cette période, avec 0°c prévus à 4000m ?
Les cabines nous déposent à 2340m d'altitude. La cabane y est affichée à 3h de marche. Il est 10h30, si mes calculs sont bons, nous devrions y être vers 15h. Ne dit-on pas 10,5+3=15 ? Ben ici, si ! Il faut compter sur les pauses et mon doute de maintenir le rythme sportif des habitués des grandes courses.
Le sentier commence par une légère descente vers le torrenbach. Le rythme est déjà bien rapide mais tout de même régulièrement ponctué par de brefs arrêts photo. Juste en-dessous de Spissen, tous s'arrêtent, et, dans la discrétion du téléphone arabe, chacun apprend l'un après l'autre que des bouquetins s'offrent une petite séance de bronzing à quelques rochers sous le sentier.
Que j'aime ces rencontres impromptues. Roi des Alpes, le bouquetin sait confirmer ce surnom qu'on lui donne. Sa stature sur le rocher est toujours royale. Tantôt la tête haute, à contempler le monde qui est à ses pieds, tantôt avachit sur un rocher, presque à se faire dorloter par ses étagnes. :-)
La sente remonte, la végétation y est rase mais a déjà prit son costume printanier. A cette altitude, les couleurs restent rares mais ressortent bien du paysage.
Nos pas sont rythmés par les cris des marmottes. Je ne pensais d'ailleurs pas que ça pouvait être aussi bavard ! Nous nous abstenons d'aller vérifier si elles savent réellement empaqueter les tablettes de chocolat, les nôtres le sont déjà. :-)
Les altimètres et GPS affichent une prise d'altitude constante. Nous montons, entourés des 4000 environnants, si je ne me trompe pas, Lenzspitze, Dom, Täschhorn, Alphubel, Allalinhorn et 2-3 autres encore. Que dire ? C'est magnifique ? Non, c'est bien trop peu pour la beauté et les émotions que cela dégage ! Proche de nous et tellement craintifs qu'ils nous fuient rapidement, quelques chamois nous invitent à reprendre route et nous montrent la direction à suivre.
C'est assez fou de voir la différence de comportement entre les chamois et les bouquetins lorsqu'ils rencontrent l'humain ! Ceci nous montrerait-il combien le fait de ne pas être chassé permettrait au monde sauvage de vivre sereinement ?
Les balises blanc-bleu-blanc nous indiquent que les choses devraient se corser. Nous ne sommes pas sur un sentier de randonnée mais sur une sente de montagne. En effet, le rocher se fait de plus en plus présent et les mains courantes sont très nombreuses. Pffff, à quoi bon mettre ces câbles d'aide à la progression ? Ne sommes-nous pas en montagne, sur des routes indiquées comme « à danger » ? Nous sommes vraiment capables de tout pour se faciliter la vie, et chercher encore et toujours à atteindre follement le risque zéro !
La neige se mêle de la partie, la route est tout de suite plus glissante et périlleuse. Je me retrouve tout de suite très content que les lieux soient sécurisés par ces mains courantes. C'est si facile de critiquer et de râler en oubliant l'étape de la réflexion ! Heureusement, parfois les éléments s'en mêlent et remettent quelques idées en place...
De la neige, on en brasse et nous ne sommes pas encore à la cabane. Les conditions rendent la progression de plus en plus physique. La neige est épaisse et très mouillée. Régulièrement, des coulées se font entendre et animent le paysage. De petites boules de neiges roulantes se transforment assez rapidement en avalanche plus ou moins conséquentes.
Ca glisse, on s'enfonce. Les cuisses en bavent, elles sont mises à rude épreuve et forcément, plus on s'approche du premier but, plus les doutes sur mes capacités pour le lendemain refont surface. Heureusement que nous sommes en groupe, j'aurais renoncé depuis longtemps déjà. Et pourtant, 15h sonne et nous ouvrons la porte de la cabane.
Pas même le temps de reprendre son souffle que Pascal remet le sien en action pour tenter difficilement d'allumer le feu de la cuisinière. Tel un saumon, la cabane est enfumée. Le papier journal est tellement humide que les flammes ne s'y accrochent pas. Pascal aura tout de même le dernier mot et nous garantie ainsi un repas chaud pour le soir et un bon thé réconfortant pour l'effort déjà accomplit. Pendant ce temps, Cécile court à gauche à droite pour que tout soit nickel et que tous soient contentés, d'autres se dorent la pilule au soleil et Patricia nous fait une belle marre de flotte en vidant ses chaussures, devenues, le temps d'une montée, de véritables piscines ambulantes ! Je m'imagine alors la galère dans laquelle elle a assumé cette première partie de course. Jamais je ne pourrais marcher dans ces conditions.
Je vous passe le descriptif des toilettes locales ou pas ? Allé, y'a pas que des habitués qui liront ces lignes. Alors autant vous prévenir, ces toilettes, on y réfléchit à 2 fois, même plutôt à 5 fois avant d'y aller ! A une quinzaine de mètres de la cabane, accessibles par une tranchée dans la neige que je ne sais plus qui nous a confectionné, c'est un petit cageot en tôle ondulée, accroché sur le flanc de montagne. Pas isolées pour un sous, lors de bourrasques de vent, la neige s'y engouffre et réduite le petit mètre carré intérieur en un tas de glace. Il y fait froid, y'a pas de place, tu ne peux te rhabiller sans entrouvrir la porte dans tes mouvements, les toilettes grand luxe quoi. Bienvenue en montagne...
Un bon thé, consultation de la carte, soleil bronzant et, et, bien sûr, n'oublions pas que nous sommes en Valais et que l'équipe comporte une grande majorité de valaisans de souche, l'APERO. Merci Fred d'avoir pensé et aussi d'avoir porté la bouteille de ce bon p'tit blanc.
Nous sommes alors rejoins par les deux skieurs précédemment croisés. Ils sont littéralement rincés. Il faut avouer que la pesée d'un seul de leur sac équivaut à presque deux des nôtres. Sincèrement, je leur tire encore mon chapeau.
Cécile a pensé à tout. Repas de rêve et en bonne quantité, c'est le pied en cabane. Soupe veloutée aux champignons, salade fraîche et sa sauce, pâtes à la sauce tomate et le dessert s'il vous plait ! Une tisane « bonne nuit » et au lit vers 21h. Oui, des lopettes ces montagnards, on se couche avant même que le soleil ne fasse signe de faiblesse...
Dans la soirée, un léger mal de tête s'est fait ressentir. Moi qui ne suis jamais sujet à ce genre de fantaisie, je pense rapidement à un soucis dû à l'altitude. Il faut dire, je prévois rarement, je dirai même, je n'avais auparavant jamais dormi à 3340m d'altitude ! Mais bon, n'y pensons plus trop, ça reste léger, mais prêtons-y attention au lever, le lendemain.
Dimanche 6 juin
2H30, ça vibre apparemment depuis quelques minutes. Pour une fois que j'ai passé une bonne nuit, quoique trop chaude, en cabane, je n'ai pas entendu mon propre natel sonner. J'arrête cette foutus sonnerie et quelques yeux me regardent de travers. Non, ce n'est pas l'heure du réveil qui dérange, c'est juste la longueur de la sonnerie. Allé hop, tous en piste, c'est pas le tout, mais un sommet nous appelle. Petit déj' au claquement des mousquetons, tri rapide des quelques affaires qui peuvent rester à la cabane, nous y repasseront à la descente pour récupérer tout ça.
Dehors, il fait nuit complète, les lumières de Saas-Fée nous montrent le fond de vallée et le faible contraste entre le ciel et les montagnes nous permettent tout de même de voir les cimes environnantes. Frontales en fonction, les cordées s'installent. Nous nous répartiront en trois cordées, dont une de trois. Les moins expérimentés seront entourés d'habitués pour être encadrés et bien assurés en cas de nécessité. Je me retrouve en second, derrière la cheffe de course.
Les halos lumineux de nos frontales respectives éclairent notre itinéraire. Ca commence assez sec avec de jolies pentes à gravir. De la neige, on en brasse encore ! Durant la nuit, elle s'est légèrement transformée et se fait plus croûteuse. Cécile fait la trace, je suis, difficilement, mais je suis. Autant j'ai l'impression de suivre Jesus, on dirait qu'elle marche sur l'eau alors que je suis obligé de nager dans la neige derrière elle. Nos 20 à 25 kilos de différence y sont probablement pour quelque chose. A chaque pas ou presque, je m'enfonce d'un bon cinquante centimètre de plus qu'elle. Nain devant la cheffe, je brasse, je brasse, autant dire, et je m'excuse pour l'expression, j'en chie... On s'arrête sur un petit replat stable. François se propose pour prendre ma place. Je me retrouve ainsi dans la seconde cordée, 7ème dans la ligne.
La marche reprend, et tout de suite, je reprends espoir, j'y arriverais peut-être. Merci François, même si je continue à m'enfoncer, c'est quand même largement moins souvent et comme vous tassez le tracé, c'est bien moins physique.
La neige est tellement abondante partout, que si la topographie du terrain ne donnait pas d'indices, je ne penserais même pas que nous sommes maintenant en train de traverser le Hohbalmgletscher (pour les non-germanophones, il s'agit d'un galcier). Le terrain y est quasiment plat, le vent y souffle alors que nous étions épargnés jusqu'à présent, et la neige y est plus tassée.
Le soleil se lève gentillement, les nuages accrochés aux crêtes à l'horizon rougissent, la neige qui déroule sous nos pieds change de couleur au fur et à mesure que la chaleur de la lumière diminue.
De l'autre côté du glacier, nous chaussons les crampons. Nous sommes alors à 3600m, et ce qui nous attend est un col, à 3800m, répondant au doux nom de Windjoch (traduire Joug du vent). Nous nous nous couvrons en prévision de ce vent et entamons la montée au col. La neige y est plus fraîche, et je recommence à m'enfoncer comme un âne. Je me fatigue, je crève de chaud, le mental perd de sa force et je commence à pester de l'intérieur. Régulièrement, je me dis que je n'y arriverais pas et qu'il me faut trouver un point sécurisé où je pourrais laisser ma cordée continuer sans moi et qu'elle me reprenne au retour, mais tant qu'on reste sur le glacier, cette idée reste illusoire.
Avec l'altitude, plus l'effort est intense, plus je ressens intensément les battements du cœur. Heureusement encore, l'altitude impose une progression assez lente de la cordée.
Enfin, le col est atteint et une petite pause s'impose. Ici, pas une once de vent, on retire donc une couche. Mon GPS indique 3820m. Au moins, j'ai déjà dépassé mon altitude record qui culminait alors à 3396 m. On est encore sur le glacier, alors renoncer, ce n'est pas pour tout de suite, encore un peu d'effort et le repos sera proche. Mais quand même, les 4000m ne sont pas loin, ce serait cool au moins d'atteindre ce chiffre si mythique dans les Alpes. Alors continuons un peu et écoutons surtout les muscles, le souffle, lui, se reprend si les pauses sont suffisantes.
Le sommet n'est séparé du col que par une longue arrête mixte. Rochers et neige se succèdent, mais avant de retâter du rocher, il nous faut passer sur le côté d'un rimaye. Ce qui se passe là-dessous, je ne pense pas être le seul à vouloir éviter d'aller le découvrir. Les cordées se rallongent, les cordes se tendent, nous avançons avec prudence et restons très attentifs à ce que nos cordes restent vraiment tendues. Le risque passé, les cordées se raccourcissent, cordes toujours tendues un minimum. Nous progressons entre neige et glace transparente. L'efficacité des crampons est redoutable, mais la prudence reste de mise, glisser est si vite arrivé...
Crampons aux pieds, nous attaquons le rocher. Pratiquant l'escalade assez régulièrement depuis le début d'année, les sensations sont quand même assez étranges. Pas de chaussons aux semelles aussi accrocheuses que des ventouses. Non, juste quelques pointes métalliques qu'il faut chercher à poser sur des petites arrêtes rocheuses. Les cordes s'enroulent autour des rochers pour assurer celui qui suit et nous voici déjà à 4000m d'altitude. Et mon corps ne me demande plus de m'arrêter. Ces arrêtes rocheuses ont l'avantage d'être moins éprouvantes que la neige. Les pauses y sont obligatoires pour assurer son suivant, et la confiance que m'a offert l'escalade m'aide énormément à progresser plutôt aisément dans cet élément rocheux même avec les crampons en guise de chaussons de grimpe.
Mais c'était sans compter sur le retour de la neige. Les pas y sont plus longs, la progression plus rapide, et le souffle devient très difficile à reprendre. Les quelques pauses ne semblent plus suffire. Les alternances entre rocher et neige me font regarder avec envie le prochain passage rocheux. Je suis quand même presque à bout. Je fixe un point rocheux ou je devrais pouvoir attendre en toute sécurité le retour des cordées. Nous y avançons et je m'y vois enfin me reposer. Au moins, j'aurais atteint les 4000m, et ne serais pas deçu de mon week-end qui aura, au moins jusqu'à présent, été vraiment très sympathique, même si très éprouvant. Nous y sommes enfin, et alors que je m'apprête à proposer mon idée d'attente au premier de cordée, j'aperçois la croix de la cime à peine à quelques dizaines de mètres d'altitude de nous. Il n'y a plus que du rocher pour y aller. Là, je suis sûr de pouvoir y arriver sans pour autant compromettre la descente. Et c'est le cas. A 9h30, un rocher stable pour chacun, et quelques minutes à 4327m à contempler notre environnement. Le Dom nous fait fasse accompagné du Lenzpitze notre voisin et de tant autres cimes dont je ne me souviens malheureusement plus des noms.
Au fond de moi, une énorme fierté surgit. J'y suis parvenu et si je m'écoute, je ne suis qu'essoufflé, pas tant de fatigue physique que ça. Mes cuisses ne sont pas douloureuses, mes genoux ne s'expriment pas encore, par contre, les doigts de pied commencent à sérieusement m'inquiéter. Ils sont littéralement gelés et les activer n'y change rien. Au contraire, l'impression de plus en plus flagrante que mes orteils ont doublé de volume. Il ne faudrait pas trop s'attarder, je commence sérieusement à penser à des gelures graves. Pourtant, durant l'effort, je ne les aient absolument pas sentis. Probablement que mon esprit était concentré sur autre chose.
Enfin, la descente s'organise et les cordées changent de position. Les derniers arrivés seront les premiers partis. A peine trois ou quatre pas plus loin, mes pieds ne me disent plus rien, comme si rien de s'était passé, je n'ai plus froid, il bougent sans douleur, je peux descendre sereinement quant à leur sort. Enfin, tout dépend du temps encore. Autant c'était juste légèrement couvert jusqu'à présent, autant les choses commencent à se gâter gentillement. Les nuages sont encore hauts et plutôt clairs, mais il ne faudrait pas trop tarder quand même.
La descente est beaucoup plus technique que la montée sur le rocher, la progression est sacrément lente, mais au moins, elle est prudente. Sur les parties neigeuses, je souffre beaucoup moins, j'arrive à suivre le rythme assez tranquillement et le souffle ne me pose plus de soucis. Par contre, la température plutôt clémente transforme la neige. Les crampons deviennent des monticules de neige pilée et ça commence sérieusement à glisser. Ca botte comme on dit. Parfois, il faut apprendre à maltraiter ce qui nous tient à la vie, alors c'est à coups de piolet sur les crampons que nous leur rendons leur efficacité.
Sur ces parties enneigées déversantes, un coup de piolet oublié et hop, on voit vite l'importance d'être encordé, la glissage peut y être très longue, et selon l'endroit, à l'issue peu réjouissante...
De retour au col Windjoch, des flocons s'invitent à notre descente et le ciel s'abaisse jusqu'à nous bloquer la vue sur les montagnes, points de repères, environnantes. Le plateau du glacier devient la seule chose repérable. Ceci nous confirme qu'il faut avancer. Nous sommes encore passablement loin de la cabane. Encore 500m de dénivelé à descendre pour au moins être à l'abri si un orage venait à nous tenter de faire ami-ami avec nous.
3600m, après une descente où enfin tout le monde s'enfonçait comme moi, nous retirons les crampons. Au moins, les bas de pantalons ou de guêtres seront épargnés. J'aurai quand même percé mon pantalon neuf et fait une belle entaille à une guêtre.
La descente reprend et rapidement, la cabane se fait sentir. Et dire que la descente parait déjà longue après seulement les 700 premiers mètres de dénivelé et qu'on a pas fait encore le tier de la descente...
Jean-Michel nous fait quand même une belle frayeur. Son genou bloque de nouveau et il rencontre une grande difficulté pour se remettre d'appoint. Ca lui arrivait souvent, mais était tranquille depuis près d'un an. On sent sur son visage une belle frustration que ça lui revienne. Tête dure comme du fer, il décide de continuer à descendre au moins jusqu'à la cabane. D'un autre côté, avec ce temps couvert et menaçant, rien ne nous certifie que les secours se déplaceraient. Sont choix est peu être le plus sage, mais il progresse maintenant presque à quatre pattes, un piolet à la main. Quelques mètre plus bas, il range son piolet et s'équipe de ses bâtons. Il peut au moins rejoindre la cabane plus ou moins normalement. Son genou s'est remis en place et plus aucune douleur n'est présente.
De notre côté, on fini vaisselle, vidage de cendres de la cuisinière, fermeture des volets, vidage de cendres de la cuisinière, fermeture des volets, vidage de cendres de la cuisinière, fermeture des volets, vidage de cendres de la cuisinière, fermeture des volets, vidage de cendres de la cuisinière, fermeture des volets, vidage de cendres de la cuisinière, fermeture des volets, (ceux qui étaient là comprendront la répétition de mes mots) récupération de la poubelle et coup de balais.
Compte-tenu de la fatigue de chacun et des conditions toujours particulières dues à la neige, nous décidons de rester encordés. Le nombre de glissades qui suivirent prouvèrent que ce choix fut le bon, bien vu Cécile. C'est vrai, que c'est très glissant et passablement technique dans le rocher. Je me rends une nouvelles fois compte que les mains courantes, même si l'idée me déplaît, sont bien utiles et bien utilisées.
La descente, ici aussi est d'une grande lenteur. L'heure tourne rapidement alors que les chiffres indiqués pas l'altimètre ne descendent que très lentement. La fatigue nous fait rire parfois d'un rien mais nous restons toujours vigilants les uns sur les autres. Une dernière traversée dans la neige et nous pouvons nous désencorder. C'est le signe de la liberté, de la fin. Pourtant, nous avons encore un bon 1000m à descendre. Je suis jusqu'à présent super fier de mes genoux. Pas un moment ils n'ont fait signe de faiblesse à la descente. Je pense que la présence de la neige a beaucoup aidé en la matière, celle-ci amortissant énormément les pas. Les 1000 derniers mètre se font entre névés et terrains rocailleux. La vitesse y est toute autre. Passant de 0,5 Km/h de moyenne dans la neige et le rocher à 5 Km/h depuis qu'on nous a retiré nos laisses. Chacun prend son rythme et je décide de fermer la marche, aussi pour épargner mes genoux.
Nous retrouvons le Torrenbach croisé à l'aller, mais ici, vers 1900m, le courant y est plutôt conséquent, d'autant que le cours d'eau y est canalisé. Pour le traverser, un petit pont de fortune existait jusqu'à il y a peu. Aujourd'hui, on s'offrira une dernière petite folie avant le retour à la civilisation. Au pire, on a déjà tous les pieds trempés dans nos chaussures, alors un peu d'eau de torrent en plus ou pas, ça ne changera pas grand chose.
Les chalets font maintenant parti de notre paysage de proximité, la terre et les cailloux ont laissé place au goudron. Chaussures crotteuses, visages bien bronzés mais bien fatigués, piolets sur le sac, bâtons en main, nous dévalons le village en quête d'une terrasse pour s'offrir une boissons sucrée, chaude, les deux, ou une bonne bière bien méritée.
Résultat des courses, le sourire sur tous les visages, des figures plus cramées chez certains que chez d'autres, un joli partage, une course vraiment magnifique et diversifiée, des émotions en pagaille, en essorant bien tous nos gants, nos chaussettes et nos chaussures, on aurait pu remplir une bassine. 1050m positifs le samedi en 4h20 et 1000m positifs, 2530m négatifs en 15h10 pour le dimanche.
Je profite de ces quelques mots pour encore remercier tout particulièrement notre cheffe de course, merci milles fois Cécile de m'avoir amené à mon premier 4000. Merci Pascal d'avoir était un si bon 1er cordée et pour tous les conseils que tu as partagé. Merci bien entendu aussi à 8 autres membres de l'équipage pour ce partage, d'avoir hissé la gran' voile ensemble, hissé haut, pour votre gentillesse, votre sympathie et de ces bons moments passés ensembles.
Non, je n'oublierai pas de remercier mes chaussettes et mes chaussures qui on eut l'idée incroyable de m'attendre patiemment dans le coffre de la voiture pour offrir un environnement pédestre sec pour la route du retour.
Bon, c'est quand le prochain ? Ah oui, début juillet :)
Teddy












